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SÉRIEUSEMENT IMPACTÉE PAR LA CRISE DU SECTEUR: La presse automobile sur la voie de garage

Des dizaines d’emplois ont déjà été supprimés. Des magazines ont baissé rideau. Des sites web risquent le même sort si rien n’est fait pour sauver une presse qui a, durant les pires moments, accompagné, y compris à l’international, les opérateurs nationaux à imposer leurs visions. Paroles aux confrères.

Née  dans  les  années  1990, la  presse  spécialisée  dans  le  secteur  de l’automobile est sérieusement menacée de disparition. Si certains magazines ont déjà mis la clé sous le paillasson, les autres, comme les sites internet, traversent une zone rouge et résistent, tant bien que mal, à cette crise qui secoue les médias nationaux en général. Les journalistes qui ont accompagné ce secteur depuis les années 1990 se désolent. 

Que faire, sinon attendre de meilleurs jours pour un probable redéploiement. Certes,  ce  n’est  pas  demain  la  veille, mais  les  confrères  s’accrochent, espérant  le  bout  du  tunnel.  Sollicités, plusieurs  journalistes  apportent un éclairage sur cette situation qui touche cette presse qui a vécu de grands moments avant de sombrer dans le déclin. 

D’emblée, Khaled Allouache (Autoalgerie) indique que “cela fait bientôt six ans que la presse automobile en Algérie est entrée dans une zone de très violentes turbulences, du fait du chamboulement du paysage automobile, suivi d’une redistribution des cartes sur quelques acteurs.

Cette situation a réduit le champ concurrentiel et, par conséquent, les budgets publicitaires alloués au secteur de l’automobile, menaçant ainsi tous les acteurs de la presse automobile dont certains ont complètement disparu ou faisant vraiment dans l’intermittence”. 

Licenciements en série
Révélant que 84%  de  l’effectif  du  site  Autoalgerie ont été licenciés faute d’entrées publicitaires, en sus de l’indemnisation des salariés licenciés, M. Allouache affirme que “c’est un travail de longue durée qui a été stoppé net.

Je prendrai exemple du support que j’anime et qui est membre depuis trois éditions des Grands prix internationaux de l’innovation automobile du Salon Equip-auto Paris, ce qui est une véritable reconnaissance de ceux qui ont fait le site depuis 15 ans”.

Affichant un optimisme mesuré, il dira que pour le site Autoalgerie “la passion de l’automobile lui permet encore de tenir la route. Mais c’est surtout le respect et la reconnaissance des lecteurs, acteurs et divers constructeurs qui servent de carburant”.

“Constituée de professionnels de l’automobile qui ont côtoyé des pilotes professionnels, des ingénieurs, de prestigieuses marques automobiles, des designers de renommée mondiale, des dirigeants de grands groupes automobiles, cette presse, dont les journalistes professionnels ont visité de nombreuses usines automobiles, est menacée de disparition”, affirme d’emblée Nadir Kerri (Autodjazair), qui exerce dans ce domaine depuis 15 ans et qui a connu les grands jours de l’automobile en Algérie. M. Kerri pointe le doigt vers les acteurs qui activent dans ce domaine, mais aussi les pouvoirs publics.

“Aucune aide directe ou indirecte n’est parvenue de la part des pouvoirs publics face à la disparition des concessionnaires automobiles et à la fermeture des unités de montage automobile et à la restriction publicitaire dans un contexte économique difficile de la part des assureurs et des vendeurs de pièces de rechange et d’accessoires automobiles.” 

Estimant que la publicité constitue la  seule  rente financière de cette presse spécialisée, comme toute la presse nationale  éclaire  l’opinion publique et même les pouvoirs publics sur le développement du marché de l’automobile national ou international, M. Kerri souligne que “c’est cette presse qui analyse au lecteur/consommateur les prix des véhicules aussi bien ceux du neuf que de l’occasion.

C’est elle qui a décortiqué, avant même sa publication, le nouveau cahier des charges régissant l’activité d’importateur automobile et celui de la fabrication. C’est elle aussi qui a dévoilé certains  points  négatifs pour le consommateur algérien contenus dans ce document”. 

Les pouvoirs publics interpellés
Déplorant  la  fermeture de  certains magazines et sites internet spécialisés contraints de réduire leurs effectifs, il avoue que “sans une réelle aide des pouvoirs publics, qui continuent de distribuer la rente de la publicité publique à des quotidiens, dont la majorité ne paraissent qu’au niveau des imprimeries, la presse automobile disparaîtra à coup sûr dans les prochaines années”. 

Même son de cloche du côté  de  Faris Bouchaala (Motorsactu) qui réalise la déchéance de cette presse : “Jamais l’existence de la presse automobile n’a été aussi menacée.

Le déclin de l’activité automobile en Algérie pose un réel problème quant à la survie de la presse automobile, dont le rôle en termes d’éditorial est le conseil et l’orientation à travers une vision et une critique de spécialistes.

Les lecteurs recherchent d’abord les informations sur un modèle, comparent et consultent les avis de spécialistes avant de se positionner sur un choix et se diriger vers un concessionnaire. De plus, la presse automobile propose un atout publicitaire qui réside dans sa cible et dans sa capacité à toucher les acheteurs potentiels de véhicules neufs.” 

Un sombre avenir si…
Pour M. Bouchaala, la presse automobile a toujours accompagné et soutenu les acteurs du secteur automobile en Algérie même en période de crise. “Mais on n’a jamais été assez soutenu pour pouvoir surmonter des crises comme celle qu’on vit depuis des mois et qui risque réellement de mettre fin à notre existence en tant que média”, déplore ce journaliste qui affiche un pessimisme jamais égalé dans le paysage médiatique algérien.

En ce sens, le journaliste Ahmed Ammour (Autonews) estime, quant à lui, que “la presse spécialisée dans l’automobile a connu plusieurs étapes ces deux dernières décennies marquées par des hauts et des bas.

Après la période d’embellissement (2008-2012) marquée par l’évolution du marché automobile, où la presse spécialisée avait vécu sa meilleure période avec la disponibilité de la publicité et de l’information, la période 2012-2015 a été la première période du déclin de ces supports avec la disparition d’une grande partie.

Une lueur d’espoir avait redonné vie au  secteur  entre  2017-2019 avec le lancement des usines de montage. Malheureusement cette relance de la presse fut de courte durée avec la fermeture de ces usines”. 

Pour M. Ammour, le paysage médiatique  automobile  s’est rétréci pour se limiter à des sites internet qui sont de plus en plus nombreux à investir le domaine en plus de deux quotidiens nationaux (Liberté et Le Soir d’Algérie) qui, selon lui, “tentent tant bien que mal de garder la flamme allumée.

Quant à l’avenir du secteur, c’est à l’image de la presse écrite, il est de plus en plus sombre. On ne va pas se  voiler la face, car  l’avenir  des médias dépend de la publicité, qui est leur source de survie. Ils  sont  où  aujourd’hui  tous ces supports qui étaient des dizaines, voire plus à remplir les salles de conférence ? Ils ne sont plus là”. 

Du reste, ce journaliste remet en cause la presse automobile qui, depuis son lancement, estime-t-il, “n’a jamais été fondée sur des bases solides, être au service de l’information.  C’est finalement une presse commerciale, à la recherche de la publicité plus que professionnelle. 

Elle n’était pas composée de vrais professionnels du secteur, hormis quelques journalistes issus du domaine et qui tentent aujourd’hui de résister à tous les bouleversements”. 

Pour sa part, Mohamed Fawzi Gaïdi (El Watan) reconnaît également que cette presse risque la disparition totale, “si ce n’est que son sort est déjà scellé. La presse automobile, comme son nom l’indique, dépend totalement du monde de l’automobile. S’il n’y a pas de constructeurs ni de concessionnaires, il n’y aura pas évidemment d’activité ayant trait à ce secteur, notamment les essais et la publicité”. 

Plutôt  pessimiste  quant  à  la  suite  de  l’aventure, M. Gaïdi  estime  qu’“en Algérie, la relance de ce secteur patauge toujours, et l’indice de confiance est peu attractif pour les sérieux investisseurs étrangers. L’année prochaine, ces appréhensions risquent de se confirmer au grand dam de ce métier et de ses journalistes”.
 

 FARID BELGACEM

Liberté.com

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Nadir Kerri

Journaliste spécialisé dans l'automobile et Directeur de la Rédaction de autojazair.com

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