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Prix, taux de change: L’importation des véhicules de moins de 3 ans ne fait pas l’unanimité

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L’importation des véhicules de moins de 3 ans, dès janvier 2020, annoncée par le dernier Conseil des ministres, sera-t-elle profitable pour le consommateur ? Si les avis des économistes et des intervenants, dans le marché des véhicules, divergent quant aux priorités et aux conditions de mise en œuvre de cette mesure, tous en revanche estiment que cette option est aujourd’hui, de moins en moins avantageuse pour les consommateurs.

La première contrainte pour les acheteurs intéressés par l’importation des véhicules d’occasion de moins de 3 ans est l’effondrement du taux de change du dinar algérien sur le marché parallèle. On n’est plus en 2006/2009 où le taux de change variait entre 100 et 120 dinars pour un euro. Le taux de change de l’euro a presque doublé (1 euro contre 200 dinars) sur le marché noir et de ce fait une voiture d’occasion qui revenait à 100 millions de centimes en 2009 coûte aujourd’hui au minimum 200 millions de centimes. Autre contrainte, la flambée des prix des voitures neuves et d’occasion en Europe en raison des sévères exigences techniques imposées aux constructeurs automobiles tenus d’équiper leurs véhicules d’options technologiques de dernières générations en matière de sécurité des passagers et d’émissions de gaz. Les voitures européennes suréquipées coûtent ainsi, de plus en plus cher. Les voitures d’occasion de moins de 3 ans sont dans la majorité équipées de moteurs respectant les normes européennes  » Euro 6 B/C/D-Temp « . En Algérie, les voitures importées respectent, rarement, la norme Euro 3. Les voitures européennes d’occasion de moins de 3 ans peuvent coûter entre 10.000 et 20.000 euros soit entre 200 et 400 millions de centimes (taux de change parallèle). A ce prix d’achat, il faut rajouter le coût du fret, entre 700 et 800 euros minimum, et les diverses taxes estimées à 34% du prix d’achat (19% TVA/15% taxe douanière) et autres faux frais (déplacement en Europe pour certains acheteurs). Le coût de revient final d’une voiture d’occasion sera ainsi en moyenne de 288 millions de centimes pour une voiture d’entrée de gamme et 556 millions de centimes pour une voiture haut de gamme. La voiture, la moins chère, la Dacia Sandero II, dans sa version lauréate 1.5 DCI coûte, certes, en France 7.650 euros, mais ce prix qui est abordable pour un salarié moyen en Hexagone revient pour un acheteur algérien à 222 millions de centimes TTC. Ces prix concernent exclusivement les voitures de moins 3 ans, c’est-à-dire mises en circulation, à partir de 2016. Mais pour les voitures de 5 ans et plus, les prix sont plus «doux». Ils varient entre 2.800 et 4.000 euros soit un prix de revient TTC de 100 millions à 130 millions de centimes.

De nombreux experts estiment que la révision de la condition de 3 ans, fixée par le Conseil des ministres, est nécessaire pour permettre aux acheteurs potentiels de profiter de prix plus abordables. Mais ces prix ne semblent pas décourager tout le monde. Certains ressortissants algériens résidant en Europe voient dans cette autorisation d’importation des voitures de moins de 3 ans, une vraie aubaine. Ces émigrés, pour la plus part, font preuve d’un grand sens de la débrouillardise pour dénicher la bonne occasion. Ils connaissent toutes les ficelles du marché automobile en Europe. Certains sont des habitués des ventes aux enchères où des voitures en bon état sont cédées à des prix sacrifiés, alors que d’autres préfèrent s’approvisionner chez des garagistes qui proposent des voitures accidentées ou représentant une anomalie (système anti-pollution défaillant, perte de puissance, vibrations du moteur, fumées…) à des prix défiant toute concurrence : 2.000 euros pour une Peugeot berline 4 cylindres toutes options. Les acheteurs doivent être, toutefois, vigilants en choisissant la voiture qui sera importée, en Algérie, vu que les véhicules équipés de moteurs Euro 6 sont inadéquats au marché algérien en termes de qualité de carburant. Les produits commercialisés dans nos pompes à essence risquent de détériorer ces nouveaux moteurs Euro 6. Pour cet expert du marché automobile en Algérie, l’autorisation d’importation des véhicules de moins de 3 ans est un «aveu d’échec des pouvoirs publics de l’industrie automobile de montage des véhicules». Ce grand connaisseur du marché soutient :  » les particuliers n’y gagneront presque rien avec cette nouvelle formule ». Il affirme que le prix de revient d’une voiture importée par un particulier sera le même qu’une voiture montée localement. La raison est que les usines de montage de véhicules sont exonérées de presque toutes les taxes et notamment la TVA et les droits de douanes. Elles bénéficient en plus de crédits bancaire et d’autres avantages parafiscaux. Contrairement aux particuliers qui doivent importer avec leur propre argent acheté au marché informel avec un taux de près 50% de plus que celui appliqué dans les banques. Ils sont également soumis à des taxes (TVA, droits de douanes…).

La solution pour rendre les prix des voitures d’occasion importées plus compétitifs est la révision de la limite de trois ans à cinq, voire sept ans, la création de groupements de sociétés pour importer en masse les voitures européennes dans le but de réduire les frais de fret, l’ouverture de bureaux de change de devises et enfin la suppression des droits de douanes et des taxes sur les véhicules.

«On n’a pas eu gain de cause»

Le président de l’Organisation algérienne pour la protection et l’orientation du consommateur et son environnement (APOCE), Mustapaha Zebdi, semble déçu par la dernière annonce du Conseil des ministres. Il affirme que son association a été surprise par cette décision de limiter l’autorisation d’importation des véhicules d’occasion à 3 ans seulement et ce, contrairement aux propositions de l’APOCE qui était pour une limitation à 5 ans.  » Nous étions à l’APOCE les premiers à avoir appeler les pouvoirs publics à la reprise des importations des véhicules d’occasion vu que l’offre actuelle n’arrive plus à satisfaire la demande locale ce qui a eu pour conséquence une flambée des prix pénalisant ainsi les consommateurs. La reprise des importations des véhicules d’occasion est la seule alternative pour satisfaire la demande, réduire la facture des importations des kits CKD/SKD et casser le monopole imposé par certaines marques sur le marché algérien. Malheureusement nos insistantes demandes ont été toujours rejetées, mais aujourd’hui avec la crise économique et l’explosion de la facture d’importation des kits CKD/SKD, le gouvernement semble contraint de relancer l’importation des véhicules d’occasion. Cependant avec la dévalorisation du dinar, l’imposition de taxes et la limitation à 3 ans, on ne peut pas dire que nous avons eu gain de cause. Cette mesure n’est désormais pas profitable aux consommateurs. Il n’y aura pas une grande différence entre les prix des voitures d’occasion importées et ceux montés localement « , affirme le président de l’APOCE qui estime que l’importation des véhicules d’occasion est une  » nécessité  » pour le marché local tout en appelant le gouvernement à lever la limitation de 3 ans et à réduire les taxes fiscales imposées aux particuliers. Il ajoute que les prix actuels des voitures sont hors de portée pour la couche moyenne qui doit économiser 5 ans de salaires pour avoir une voiture d’entrée de gamme, alors qu’en France il suffit à un fonctionnaire 3 à 4 mois de salaires pour acheter un véhicule. Mustapha Zebdi rejette, par ailleurs, les appréhensions de certains qui craignent que la reprise des importations des véhicules d’occasion aura des répercussions sur le taux de change parallèle.  » 20.000 voitures sont importées en moyenne chaque année par des particuliers ce qui représente une facture de 600 millions de dollars. La relance des importations des véhicules d’occasion n’aura aucun impact sur le marché parallèle « , déclare-t-il.

in : lequotidien-oran

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