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Nabil Bey Boumezrag, directeur du salon Equip Auto Algérie et de Promosalons Algérie

Nabil Bey Boumezrag, le patron d’Equip Auto Algérie, peaufine sa treizième édition, prenant place à la Safex en mars prochain

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Alors qu’au Maroc et en Tunisie, deux nouveaux salons de la pièce et de l’équipement automobiles voient le jour cet automne, en Algérie, Nabil Bey Boumezrag, le patron d’Equip Auto Algérie, peaufine sa treizième édition, prenant place à la Safex en mars prochain ! Rencontre d’avant salon.

Quel regard portez-vous sur la dernière édition du salon Equip Auto Algérie, dans un contexte assez spécial ?

Nous avons réalisé une excellente édition, marquée par une progression de plus de 5 % par rapport à l’année précédente, des résultats remarquables par le fait que la situation financière – et psychologique – de nombre d’acteurs était perturbée en raison de la mise en place des nouvelles mesures instruites par l’Etat. De la même façon, les exposants internationaux hésitaient à se positionner, tant la visibilité à court et moyen terme leur manquait sur le marché et la réactivité des professionnels. Tout le monde a, désormais, compris comment appliquer les décisions du gouvernement et la situation s’avère plus saine.

Est-ce que cela a modifié la structure du salon 2018 ?

Nous avons, effectivement, compté moins d’exposants du côté international, mais autant au niveau des algériens, des exposants véritablement satisfaits d’un salon qui leur a permis de réaliser beaucoup d’affaires, sans doute plus que prévu, et des affaires qui perdurent car nombre d’entre eux reçoivent encore des commandes initiées sur le salon. Il est indéniable que certains absents regrettent d’avoir été frileux.

Equip Auto Algérie se veut toujours un salon « business » avant tout ?

Nous avons toujours eu pour objectif que cette manifestation soit dédiée au business et je dois dire que certains exposants ont encore été surpris par les résultats obtenus sur cette édition, dès les premiers jours et en ce moment. Ce salon permet à ceux qui veulent investir de prendre le temps et c’est ce que l’on observe, trois mois après ou six mois après. L’un des équipementiers de garage a vendu tout ce qu’il avait sur le stand, et traite encore aujourd’hui des commandes de février dernier ! On vend, on achète, on signe des partenariats pour aujourd’hui et pour plus tard sur Equip Auto Algérie.

Comment se présente la prochaine édition ?

Nous assistons à un retour très positif de nos actions commerciales, qui se traduit, cette année, par la réservation d’espaces plus importants de beaucoup d’exposants. Cela nous fait craindre des problèmes d’espace, notamment dans la zone 1. Nous réfléchissons à une sectorisation entre les distributeurs de pièces et les d’équipements de garage, par exemple, pour que tout le monde bénéficie d’une visibilité maximale.

Comment voyez-vous ce découpage ?

La composition du salon n’est pas encore tout à fait définie, mais j’essaie de libérer de l’espace dans le pavillon central, pour l’ensemble des exposants et mieux redistribuer la zone de l’équipement de garage. Peut-on gérer une zone dédiée à l’équipement de garage avec des exposants qui travaillent à la fois la pièce et l’équipement ? La question est posée. Sectoriser s’avère plus compliqué mais cela permet de proposer des solutions plus adaptées aux besoins des uns et des autres.

Chaque année, revient la problématique des exposants asiatiques, récriés par les uns et réclamés par les autres, comment allez-vous gérer la question, cette année encore ?

Tout d’abord, je considère que les exposants asiatiques ont leur place sur le salon et doivent bénéficier de la même attention que les autres exposants. Nous ne faisons pas de ségrégation et, surtout, nous répondons à une exigence des autres exposants comme des visiteurs, qui les attendent chaque année. Faut-il rappeler que les plus grands équipementiers travaillent avec la Chine ? Nous savons que la question de la qualité et de la fiabilité est au cœur du problème, mais la sélection se fait naturellement. Les distributeurs importateurs doivent effectuer leur propre tri et être vigilants, parce que les visiteurs viennent de plus en plus pour rencontrer les professionnels chinois qui deviennent, pour eux, aussi importants que les équipementiers de premier rang. C’est pourquoi, en 2019, nous allons répartir leurs stands dans tout le salon de manière à ce que les visiteurs les voient dans les meilleures conditions. Ils prennent de plus petites surfaces, mais, je le répète, ne sont pas des exposants de seconde zone.

Tous les exposants sont respectables, mais comment satisfaire tout le monde ?

Nous comptons donner à chaque catégorie d’exposants, les algériens, les européens, les chinois, etc. des espaces limités. Toutes les catégories pourront être représentées mais si les demandes sont supérieures au volume alloué, les premiers à répondre pourront être assurés de leur place. Du côté chinois, nous négocions, en amont, avec nos partenaires sur place qui sont très organisés et spécialisés dans notre secteur d’activités.

Qu’en est-il des voisins, de la Tunisie et du Maroc ?

Côté Tunisie, les professionnels veulent venir, bien entendu, mais la situation économique et surtout le cours de la monnaie ne sont pas en leur faveur. Cependant, leur dynamisme est toujours présent, et nombre de leurs fabricants peuvent intéresser les acteurs industriels algériens. Nous avons d’ailleurs un ou deux exposants qui ont fait la demande, indépendamment du pavillon tunisien. C’est de bon augure. Au Maroc, la situation s’éclaircit et nous espérons que le pavillon marocain sera bien présent et important. L’année 2018 a été particulière avec le rapprochement des trois organismes institutionnels et leur fusion en l’AMDIE. Cela dure toujours longtemps, mais cela prend forme. En tous les cas, les exposants marocains sont partants !

L’émergence du salon M.A.T. Moroccan Automotive Technologies à Casablanca vous fait-il craindre une captation de clientèle « Maghreb » ?

Nous sommes les plus anciens sur le marché et au Maghreb, nous respectons les aînés ! Cela dit, le Maroc méritait d’avoir son salon de la pièce et de l’équipement au niveau national. Une complémentarité peut d’ailleurs se dessiner entre nos deux manifestations. Equip Auto Algérie répond aux demandes locales, algériennes et aussi régionales, avec des visiteurs libyens et égyptiens. Ce que l’on doit surtout noter, c’est l’intérêt croissant des acteurs économiques du monde entier pour le Maghreb et l’Afrique en général. Nous devrions voir de plus en plus de manifestations se dérouler dans nos pays.

Pour revenir sur l’Algérie, le parc continue-t-il de muter ?

Notre parc évolue et l’après-vente commence à bénéficier de la grande période de l’automobile où 400 000 véhicules s’écoulaient en un an, des véhicules qui arrivent dans tous les garages indépendants et qui sont consommateurs de pièces. Parallèlement, même si, aujourd’hui, le parc ne suppose pas de gros investissements pour accueillir les véhicules de dernière génération comme les véhicules électriques, dans 10 ans, il faudra que les mécaniciens soient prêts, équipés et formés. D’où l’intérêt des échanges entre professionnels sur le salon : une excellente façon de découvrir ce qui va se passer et comment s’organiser pour faire partie des professionnels qui s’en sortiront le mieux. Car ne nous leurrons pas, les grandes entreprises internationales vont arriver – arrivent – et créer leurs réseaux aux normes internationales.

Les véhicules hybrides se profilent déjà sur le marché…

Aujourd’hui, les ventes de véhicules hybrides ne décollent pas encore à cause du coût de l’essence, du litre de pétrole mais on en voit déjà quelques-uns et il en viendra de plus en plus. Pour l’instant c’est encore très timide. Je dois dire que l’augmentation du prix du baril va être bénéfique pour l’Algérie parce que l’on pourra développer plein de choses et accompagner le développement de l’industrie automobile, dans le cadre d’une gestion plus sereine qu’en période de crise. Déjà, nous relevons un grand nombre d’initiatives, qui voient le jour dans l’assemblage des véhicules, notamment, initiatives qui sont autant de signaux très forts pour l’assemblage local. Les exposants veulent voir des petites industries locales à leurs côtés dans le salon, tandis que nombre d’équipementiers ont envie d’accompagner le mouvement, de devenir partenaires des acteurs locaux dans des unités de sous-traitance.

Le développement de la sous-traitance est une volonté étatique…

Nous avons besoin d’une industrialisation nationale qui passera par des accords avec des groupes internationaux. Le gouvernement en est conscient et mène une politique d’échanges « donnant-donnant ». En accordant des conditions attractives aux constructeurs, le gouvernement algérien attend en retour un soutien dans le développement d’entreprises sur le sol algérien via l’intégration locale. Si les constructeurs ne jouent pas le jeu, négligent l’intégration locale, les avantages sont évidemment remis en cause. Cela n’a rien de compliqué.

L’État jouit d’une vision plus globale de l’industrie et inciter le développement de l’industrie automobile s’avère un choix courageux. En effet, si plusieurs usines d’assemblage émergent en plus de celles dont on dispose aujourd’hui, cela attirera les grands équipementiers qui disposeront du volume nécessaire pour rendre leurs sites rentables. Il suffit d’une grande implantation pour que les autres suivent. Il faut passer le message qu’on peut investir localement, que l’on peut transférer les dividendes, etc. L’Algérie pâtit d’une mauvaise image, c’est à nous tous de lutter pour en sortir.

Pourtant, le marché algérien, au regard de ses voisins semble très compliqué ?

Le marché algérien s’avère plus simple qu’il n’y paraît, il n’est pas fermé, pas verrouillé comme on l’entend trop souvent. Il dispose de beaucoup de place, le parc est important, et il y a de l’argent qui circule dans les affaires. Ajoutons que nos distributeurs savent très bien travailler et cela devrait susciter des vocations.

En parlant de vocation, on voit arriver des enseignes de réparation, pourtant les automobilistes sont réputés pour y être assez hostiles ?

Le besoin de professionnalisation pour réparer les véhicules fait évoluer les comportements au point que les enseignes deviennent des repères de qualité, et de sécurité. Euro Repar Car Service (PSA) arrive, Motrio revient sur le devant de la scène, Speedy, Midas, toutes ces enseignes prennent vie ou reprennent vie. Il y a dix ans, c’était sans doute trop tôt, mais aujourd’hui, c’est nécessaire. Les petits garagistes du coin qui ne disposent plus de compétences pour intervenir sur les véhicules récents vont disparaitre progressivement. Pour l’éviter, il faut investir un minimum et ceux qui disposent du savoir, ce sont les grandes enseignes, ce sont aussi les réseaux constructeurs. Il faut développer les solutions de réparation rentables, et donc disposer des compétences.

Les équipementiers peuvent être d’excellents partenaires ?

Les équipementiers, bien sûr, constituent une force extraordinaire et une source d’informations et de formation capitale. C’est pourquoi, leur présence s’avère indispensable sur le salon. Il faut qu’ils montrent aux clients de leurs clients qu’ils sont là derrière, pour les soutenir. C’est aussi pourquoi, ils doivent aussi exposer en propre et non pas disparaître derrière leurs distributeurs. Il faut rassurer et le fait de voir l’équipementier rassure plus que les propos que tiennent les importateurs et distributeurs, même si leur crédibilité est très forte. Pour ceux qui utilisent la pièce, cela rassure le client final. L’équipementier doit pouvoir sur son propre stand mettre en avant sa marque, ses produits, ses solutions de réparation, ses formations. S’il est représenté par son distributeur, ses produits seront proposés et défendus partiellement parce que le distributeur a plusieurs marques à mettre en avant. Il ne peut pas tout faire. En revanche, l’équipementier présent peut expliquer, dévoiler de nouveaux produits, des innovations technologiques, puis renvoyer le client chez le distributeur. Le détaillant est rassuré en voyant l’équipementier qui le renvoie chez le distributeur : le lien est bien déterminé. N’oublions pas qu’il y a de la place pour tout le monde et que si l’équipementier européen n’est pas identifié ou présent, les parts de marché repartent chez les chinois et les turcs, qui montrent beaucoup de dynamisme sur le marché algérien aujourd’hui. Les distributeurs ont besoin de deux gammes, une premium et une plus « entrée de gamme », la porte d’entrée se situe dans la seconde aujourd’hui.

En termes d’animation, qu’avez-vous choisi comme thématiques pour 2019 ?

Nous sommes en train de peaufiner le programme, et celui-ci s’enracine dans les thématiques que l’on nous réclame à chaque édition, à savoir la formation, le déploiement de la fabrication locale, l’implantation des enseignes, et la montée du VO et des solutions qui y sont liées. La situation économique dessine en quelque sorte les sujets d’intérêt. Avec un niveau d’immatriculation de véhicules neufs bas, le véhicule d’occasion était devenu une denrée recherchée et aussi un véhicule à entretenir davantage et mieux. Cependant avec 100 000 unités de véhicules neufs sortant des usines locales, le cours du VO va baisser suivant la loi de l’offre et de la demande. Ce qui appellera les professionnels à utiliser de nouveaux concepts, de nouveaux services, d’où l’intérêt porté aux conférences sur le salon. Pour la pièce, il est vrai que les 120 % et les trente jours d’immobilisation financière ont ralenti les choses, mais cela est désormais bien intégré et ce sont les besoins en solutions de réparations qui intéressent davantage les visiteurs.

Parallèlement, nous renouvelons l’opération qui avait beaucoup plu l’an dernier, à savoir le « Diesel Custom Garage » la seule émission dédiée au garage qui présentera pour sa deuxième édition « comment remonter un véhicule en 4 jours, avec toujours plus de défis techniques, de challenges … La diffusion de l’émission passera sur une chaîne algérienne. Venez nombreux !

  Propos recueillis par Hervé Daigueperce

in : algerie-rechange.com

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Nadir Kerri

Journaliste spécialisé dans l'automobile et Directeur de Publication de autodjaz.net

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