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Mohamed Yaddadene : " Il faut favoriser l’activité d’intégration locale avec une planification à long terme"

Le marché de l’automobile a été déstructuré et est en proie à une vraie crise liée aux projets de montage  qui n’ont pas obéit à une stratégie industrielle. Le recours aux importations des véhicules de moins de trois années n’est pas le bon choix pour le marché algérien, tel est le constat de Mohamed Yaddadene Consultant et Formateur.


Veuillez nous présenter brièvement  un état des lieux  actuel du secteur de l’automobile en Algérie ?

Le secteur de l’automobile  subit les effets de l’absence de stratégie au moment de la suppression des importations, la transition n’a pas été assurée avec les unités de montage, tout comme l’implication des constructeurs qui auraient pu contribuer à mobiliser des opérateurs appelés à travailler dans le cadre de l’intégration locale afin d’arriver à respecter les délais impartis sur le taux d’intégration.

Depuis longtemps,  le secteur va mal et il n’est pas prêt de se relever facilement. L’offre se rétrécit de plus en plus au point où même le renouvellement des flottes au niveau de certaines sociétés et administrations n’arrive pas à se faire, alors pour les particuliers les solutions sont presque inexistantes à moins de puiser dans les reliquats de stocks de certaines unités (les encours).Le choix des segments de produits montés localement est discutable à plus d’un titre car cela ne correspond pas aux besoins du marché. Un marché déstructuré avec des prix élevés en dépit des avantages consentis aux projets de montage. Donc avec les quotas institués même les projets de montage risquent de connaitre des moments difficiles en plus des difficultés actuelles, le mal est profond.

En tant que consultant quelle évaluation faites vous sur les dernières décisions de l’Etat  notamment la mise en place d’une industrie automobile ?

L’idée est bonne d’avoir pensé à une industrie automobile  mais  il fallait prendre le temps nécessaire à la mise en place d’une vraie stratégie dans les délais impartis et surtout préparer les bases d’une industrie de la sous-traitance à travers un tissu industriel de PME et PMI capables d’assurer un vrai soutien au développement en y associant les constructeurs et les professionnels…

l’Etat a décidé également de retourner vers l’importation de véhicules de moins de 3 ans. Quel commentaire faites-vous ? et quel sera le retour sur l’économie du pays ? 

D’abord, le retour aux importations de véhicules d’occasion de moins de trois ans n’est pas une priorité ni une nécessité. Les algériens ont besoin de véhicules neufs importés ou montés localement. Les pays européens sont en train de remettre en cause la production de véhicules diesel pour s’orienter vers les énergies propres en adéquation avec la politique de protection de l’environnement. C’est dommage pour notre marché et notre économie qu’on soit encore à débattre de ce choix car pour ma part, je pense qu’importer des véhicules d’occasion n’est pas le bon choix. On va aller vers la relance d’un business non structuré. Il ya beaucoup à faire sur le marché de l’occasion localement qui a besoin d’être structuré et encadré via un cahier des charges spécifique  adapté qui va réglementer toute l’activité VO avec la facturation qui permettra de récupérer les taxes vers le trésor public. Pour l’option diesel, au point où on en est cela s’explique par l’indifférence envers la protection de l’environnement afin de satisfaire une population qui d’ailleurs ne se pose même pas de questions sur l’utilité de ces mesures d’importation de VO de moins de trois ans..

Cela risque de relancer le marché parallèle de la devise avec des  taux qui pourraient grimper d’avantage tout en pensant  que cela va profiter aux introduits dans ce business avec de l’autre côté de la rive où les garagistes commencent à se frotter les mains.

Les clients algériens vont subir toutes les incidences de surcoût engendrés par ces importations, les véhicules de moins de trois ans importés vont coûter plus chers que ceux montés localement.

Pensez vous vous que cela va aider à baisser réellement les prix sur le marché ?

Je ne vois pas comment les prix pourraient baisser avec les prix assez élevés pratiqués sur le VO en Europe et toutes les taxes à payer , en plus du taux de change parallèle qui pourra prendre un envol et y intégrer le budget de celui qui devra se déplacer pour acheter son propre véhicule…Cela ne conviendra en aucun cas aux petites bourses des segments inférieurs qui avaient l’habitude de faire appel au crédit auto à chaque achat ou renouvellement.

Si les unités de montage disposeront de quotas et que l’assemblage se fasse comme prévu, les prix du neuf vont augmenter avec les délais relatifs à la suppression des avantages accordés jusqu’à ce jour. Cela va compliquer la gestion des prix à moins que les constructeurs s’impliquent d’avantage et fassent des concessions dans les structures de prix.

 Quelle solution préconisez vous pour un marché équilibré ?

C’est le résultat d’une absence de vision stratégique au moment de la mise en œuvre du cahier des charges sur le montage local, en effet la crise s’intensifie d’avantage avec la suppression des importations dans des conditions insuffisamment préparées dés le départ;

Par ailleurs, avec la conjoncture actuelle la situation se complique d’avantage cela risque  de durer. N’oubliez pas que tous les patrons sont hors-circuit, c’est pour cela que la solution ne se trouve en aucun cas dans l’importation des véhicules d’occasion , ni dans le montage  sans  une véritable intégration locale mais d’avantage dans des choix stratégiques. Il faudra aussi associer et impliquer les constructeurs eux même (les sociétés mères)  dans les choix, tout en revoyant la politique industrielle envers les PME et PMI. Cela favorisera l’activité d’intégration locale avec une planification à long terme et rassurera les éventuels  investisseurs qui ont besoin d’un climat des affaires appropriés.

C’est assez compliqué dans la mesure où les solutions tardent à venir. Mais il ya toujours des défis à relever dés que le coté juridique aura été tranché dans les différents dossiers.

Entretien  réalisé par Nacima Benarab paru dans la revue DZIRI

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Nadir Kerri

Journaliste spécialisé dans l'automobile et Directeur de la Rédaction de autojazair.com

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